Imaginez un tramway…

avril 10th, 2007

rue Jean-Talon

Voici la rue Jean-Talon, celle qui traverse la moitié de l’île de Montréal, mais où la circulation y est difficile. Il y a beaucoup de feux de circulation, beaucoup de voitures à l’heure de pointe.

La rue est assez large pour accueillir une rangée de voitures stationnées dans les deux directions, et une voie pour circuler dans chaque sens. Parfois elle est assez large pour circuler à deux voitures de large, mais c’est stressant car l’espace est limité.

Sur plusieurs tronçons, les fils électriques offrent un décor très chargé, et cachent les belles constructions… et les moins belles. Sur cette photo, on peut voir deux églises derrière les fils et les poteaux.

Étant donné que Projet Montréal propose l’implantation d’un réseau de tramway à Montréal, je me suis demandé de quoi aurait l’air cette rue avec un tramway.

D’abord, la construction d’un tramway signifie qu’on refait toute l’infrastructure. L’aqueduc étant à refaire aux deux tiers, ça fera ça de fait. On pourra aussi enfouir les fils électriques. Pour permettre la circulation de voitures et du tramway, nous avons besoin de deux voies, même si les voitures pourront circuler sur la voie du tramway. Car en période de pointe, le tramway pourrait avoir sa voie réservée.

Ça laisse donc une demie-voie, ou parfois une voie complète, qui pourra être utilisée pour une piste cyclable et un trottoir plus large. Un terre-plein central garni d’arbres, d’arbustes et de fleurs serait très joli. Bon, ce n’est pas exactement ce que Gérald Tremblay veut faire sur la rue Parc, mais je me garde le droit de rêver un peu à l’élection de Projet Montréal.

Le coût? Environ 40 millions par kilomètre, selon Richard Bergeron, chef de Projet Montréal. Pour comparaison, un métro souterrain coûterait entre 125 et 150 M$ par km. Or, la réfection de la rue St-Laurent a coûté 16 M$ par km, et la rue McGill au centre-ville a coûté… 39 millons! C’est donc pas comme si ça coûtait cher. La différence avec ce qu’on fait déjà, c’est qu’à la fin des travaux, on aurait un tramway plutôt qu’une rue aussi inefficace qu’avant!

Après vérification, le tronçon de rue sur la photo ne recevrait pas de tramway, car il est déjà desservi par le métro. Le tramway complèterait les extrémités de Jean-Talon qui ne sont pas desservies, donc à partir de la rue St-Michel à l’est, et Côte-des-neiges à l’ouest. Ce seraient 250 kilomètres semblables à cette rue qui seraient refaits, sur l’horizon 2025.

Pour comprendre les enjeux, j’ai beaucoup apprécié la lecture de Nouveau Tramway : la pierre angulaire d’un véritable projet urbain pour Montréal, par Richard Bergeron. On peut y lire:

Le transport collectif assure annuellement 440 millions de déplacements en région montréalaise. Pour peu que l’on soit sérieux en matière de développement durable, de repositionnement économique, de lutte à l’étalement urbain et de définition d’un projet urbain recentré sur Montréal, ce chiffre devra passer à un milliard d’ici une vingtaine d’années.

En augmentant le service sur les lignes existantes et en ajoutant quelques stations au réseau, le métro pourrait néanmoins absorber sur une base annuelle jusqu’à 100 millions de déplacements supplémentaires.
[...]
Du côté du train de banlieue, l’achalandage pourrait être porté à 50 millions de déplacements, le triple d’aujourd’hui, par l’augmentation du nombre de départs et l’ajout de lignes visant à compléter le réseau en étoile de l’agglomération. Quant à l’autobus urbain, il pourrait être rendu plus attrayant grâce à son électrification et à diverses améliorations visant le confort des véhicules, les conditions d’attente, la multiplication de voies réservés permettant une vitesse plus élevée, et autres aspects, lui permettant également d’absorber près de 100 millions de déplacements supplémentaires. Il reste qu’en se limitant aux trois technologies actuelles, même utilisées au meilleur de leurs potentialités, on reste loin de pouvoir envisager un achalandage annuel avoisinant le milliard.

Vous aurez compris, le reste de la solution se trouve dans l’implantation de 250 kilomètres de tramway. Le coût total serait le même que si on reconstruisait le métro de Montréal aujourd’hui: 10 milliars de dollars. Je vous laisse consulter les documents de Projet Montréal, qui expliquent bien où serait pris l’argent. Probablement que je vais vous revenir là-dessus bientôt.

Je termine ce billet avec un passage du même texte cité plus haut, illustrant bien l’inaction des dernières années à Montréal:

Revenons quarante-six ans en arrière. À l’élection municipale de 1960, Jean Drapeau promettait le métro. Fin 1962, il le mettait en chantier. Fin 1966, il inaugurait les 26 premiers kilomètres de tunnels et les 26 premières stations. Il est des jours où les Montréalais s’ennuient de vous, Monsieur Drapeau.

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2 Responses to “Imaginez un tramway…”

  1. Nicolas Marchildon Says:

    Je vous le jure, je ne savais pas que le tramway ferait la une de La Presse ce matin.

    « Le tracé actuellement proposé par la Société du Havre de Montréal est long de 4,5 km. [...] L’objectif est d’aller chercher la clientèle touristique, près du centre Infotouriste et des grands hôtels, dit Jacques Côté, président-directeur général de la Société du Havre.»

  2. Guillaume Says:

    haha, je te crois… même que je pense qu’ils ton piqué l’idée du sujet ;-)

    J’ai vu des tramway modernes en France, Angleterre et Portugal, il sont vraiment silencieux, confortables et très esthétiques !!!

    domage, en 2025 je pense que je ne resterai plus près de Jean-Talon…

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